Accueil

Participez au Financement en ligne

du 1er Album de Lina Bellard !

https://www.kisskissbankbank.com/lina-bellard-1er-album

 

Influencée par les instruments à cordes du monde, Lina Bellard fait surgir des couleurs et des rythmes rarement entendus à la harpe. Au travers d’un jeu emprunt d’influences indienne, africaine ou orientale, elle donne à entendre d’anciennes mélodies de Bretagne et d’ailleurs.

Puisant dans les traditions musicales du monde les techniques de jeu que son travail rend peu à peu nécessaire, elle fait sonner la harpe d’une manière inattendue, allant de l’effleurement à la percussion. Parfois, on croit entendre des sons continus émerger de la trame sonore. Il arrive aussi que les équilibres habituels de l’instrument soient troublés, voire même renversés, pour mieux servir le discours musical si particulier des musiques modales.
Sans cesse précisés et multipliés, tous ces détails n’en sont pas, car ce sont eux qui permettent de retrouver, sous une forme inédite, la richesse et la complexité des phrasés de la musique traditionnelle.




MONDOMIX 15/03/2013

– Article de François Mauger –

Certains noms sont d’imparables cautions. Thierry « Titi » Robin est si unanimement respecté et, en même temps, si éloigné des petits arrangements du milieu musical qu’apprendre qu’il prend sous son aile une jeune harpiste bretonne donne envie de mener l’enquête. Qui est cette Lina Bellard qui semble destinée à un bel avenir ? Comment a-t-elle convaincu l’auteur de Gitans et, tout récemment, des Rives de lui consacrer du temps ? Et, d’abord, est-elle aussi bretonne qu’on vient de l’écrire ? Entretien dans les coulisses du festival No Border, qui l’avait programmée …

Votre enfance s’est déroulée en Inde, votre adolescence dans le Poitou, … Qu’est-ce qui vous destinait à la harpe bretonne ?

Lina Bellard : J’ai toujours voulu faire de la harpe, je ne me souviens plus pourquoi … Quand je suis rentrée d’Inde et que je suis arrivée dans les Deux-Sèvres, mes parents sont tombés sur un article de journal qui disait qu’une harpiste, Juliette Collache, venait dans le coin. J’ai commencé avec elle à travailler un répertoire de musiques irlandaises et poitevines. J’ai appris à l’oreille, sans partition. Pourquoi, ensuite, la Bretagne ? Simplement parce que j’y ai fait des stages quand j’étais ado et que l’univers humain en Bretagne m’a vraiment impressionné. Tout de suite, je m’y suis senti très bien. Alors que dans le Poitou, faire de la musique trad’, c’était un peu ringard, en Bretagne, ça ne l’était pas. Quand j’ai eu mon bac, je suis venue directement en Bretagne. Je suis passée par le Conservatoire de Nantes pour avoir un diplôme. J’y ai étudié les musiques traditionnelles mais, forcément, on m’y a imposé les partitions … C’est à ce moment-là que je me suis aperçue qu’il y a dans les musiques bretonnes une force qui me plait. C’est là, aussi, que je me suis ouverte aux musiques du monde : musiques d’Asie centrale, de l’Iran, de l’Ouzbékistan, … Ce qui me passionne, c’est de retranscrire à la harpe les techniques de jeu que j’entends sur les instruments à corde comme le oud, le setar et tous les luths du Moyen-Orient, parce qu’il y a là un son très incisif, un son que je ne retrouvais pas dans le son de la harpe européenne. J’ai développé une technique avec les ongles pour avoir des effets de son continu.
Avec la harpe, le souci, c’est que, dès qu’on fait l’attaque, ça y est, on est dans le vide. Contrairement au luth non frété, les sons de la harpe sont fixes. Je cherche donc des moyens de trouver ces fameux changements de hauteur dans le même son qu’on a dans les musiques modales. C’est en m’ouvrant à d’autres répertoires que j’ai commencé une autre démarche harpistique …

A quel moment avez-vous fait la rencontre de Titi Robin ? Et comment êtes-vous devenue son élève ?
Lina Bellard : C’est une bourse de compagnonnage CPMDT-ADAMI … Le principe, c’est que le musicien choisisse un formateur. Il est accompagné sur dix journées complètes. J’avais très envie de faire ça avec Thierry Robin, parce que l’un des disques qui est pour moi une référence est celui qu’il a enregistré avec Erik Marchand dans les années 90. J’ai une passion pour les musiques orientales mais je veux conserver un lien avec là où j’habite. Je pars donc toujours d’une mélodie ou d’un collectage de Bretagne. Après, je les arrange. Je trouvais qu’en la matière, le travail de Titi Robin était fantastique. Avec lui, désormais, je travaille un peu l’improvisation mais, surtout, la conception : où se situer dans les échelles modales ? C’est tout un monde …

Parallèlement, vous êtes à la Kreiz Breizh Akademi. Qu’y apprenez-vous ? Un certain
académisme ?
Lina Bellard : Oh non ! La direction artistique est faite par Erik Marchand mais on a un très grand nombre de formateurs et on est assez autonome sur nos choix, même si Erik, forcément, donne toujours son avis. Il n’y a rien d’académique là dedans…

Vous êtes la seule non-bretonne à suivre cette formation ?
Lina Bellard : Non, il y a également un Bordelais, un Parisien, … De toutes façons, j’habite à Rennes depuis un certain temps. Je ne suis pas bretonne d’origine mais je suis bretonne de coeur.

Comment doit-on appeler votre instrument ? Une «harpe bretonne » ?
Lina Bellard : La harpe sur laquelle je joue est une « harpe celtique ». En fait, il s’agit d’un instrument très jeune : il a été réinventé dans les années 50 puis popularisé par Stivell. On a perdu les plans de la harpe populaire du moyen âge et la harpe « celtique » est en réalité influencée par les techniques de lutherie de harpe classique. Je travaille sur la lutherie d’un instrument que je fais adapter. On réalise un gros boulot sur les timbres pour adapter la harpe aux musiques bretonnes, aux musiques modales, …Donc, « harpe bretonne », oui, dans le sens où la harpe dont on joue aujourd’hui a été reconstruite en Bretagne …

Après la Bretagne, où vont vous porter vos pas ?
Lina Bellard : Je pars en Inde, où je vais travailler le chant et les percussions. Mon projet principal, ensuite, sera un solo, où il y a toute une partie narrative, une diffusion au coeur de la salle (je suis placée dans le même espace que le public) de voix parlées : des collectages réalisés dans ma famille, des cassettes qui ont été enregistrées par ma grand-mère ou des archives de Dastum.

Tout cela se terminera sur un disque ?
Lina Bellard : Oui mais ce n’est pas une urgence. J’aimerais que toutes ces voix soient incluses dans la musique. Pour cela, il me reste beaucoup de travail.

lina bellard